Parler de science dans une élection : une utopie?

31 Mars 2014

À quand remonte la dernière fois que vous avez entendu un politicien prendre position sur un sujet scientifique?

Prenez par exemple la santé. Une revue de l’actualité pourrait laisser croire que les seuls problèmes dont peuvent s’occuper les politiciens sont les médecins de famille et le temps d’attente aux urgences. Pourtant, certains problèmes de société bien plus graves vont bien au-delà :

  • Les médecins nous préviennent depuis une vingtaine d’années que les antibiotiques constituent une défense de moins en moins sûre contre les maladies infectieuses, à cause de l’abus d’antibiotiques que nous pratiquons en santé et en agriculture. Une réglementation s’impose-t-elle?
  • De leur côté, les progrès fulgurants de la génétique mettront bientôt à votre disposition des tests-maisons qui vous annonceront que vous avez le gène de tel cancer ou de telle maladie. Ce qui soulève des questions éthiques : est-ce une information pertinente? Fiable? Que faire, une fois qu’on a cette information?

Et il n’y a pas que la santé. Davantage d’enjeux scientifiques dans une campagne électorale, ça voudrait dire davantage de débats tels que :

  • Faut-il réglementer les technologies de surveillance, à présent qu’on sait combien les gouvernements sont capables de lire nos courriels et nos appels téléphoniques?
  • Faut-il remettre les changements climatiques à l’ordre du jour, à l’heure où se multiplient les événements météo extrêmes?

Yves Gingras, de l’UQAM, faisait remarquer que depuis les années 1990, pour que la science soit dans le collimateur des politiciens, il faut qu’elle ait une saveur « économie » : subventions et de bourses. Une tendance qui, ajoute-t-il, favorise l’émergence de « lobbyistes universitaires, prêts à tout pour s’attirer les faveurs des élus et leur soutirer quelques millions de dollars »

Mais on sait aussi combien la science fait peur à beaucoup de citoyens, ce qui n’incite pas un politicien à en parler. À quoi bon soulever des enjeux qui le feront paraître trop intellectuel, trop détaché du peuple?

Est-on dans une impasse ? Injecter un peu de science dans une campagne électorale, est-ce utopique? Les débats télévisés auraient-ils pu être une opportunité? 

LE DÉBAT "PARLER DE SCIENCE DANS UNE ÉLECTION : UNE UTOPIE?" EST DIRIGÉ PAR L'AGENCE SCIENCE PRESSE.

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